L’art du bois brûlé ou Shou Sugi Ban par Antoine Horlait, co-fondateur de Maison Saman.

Antoine Horlait, co-fondateur de Maison Saman est un des pionniers de la technique du bois brûlé en France. Cet art ancestral japonais appelé communément le Shou Sugi Ban ou encore le Yakisugi. Un savoir-faire délicat qui requiert patience et grâce. Les ateliers qu’il dirige réalisent aujourd’hui des pièces pour les plus grands décorateurs dans le monde. Interview.

Bonjour Antoine. Dis-nous, as-tu toujours été designer/créateur/ébéniste ?

Oh que non! Le présent est le résultat d’un long cheminement, de rencontres, de plusieurs vies en une! C’est l’époque qui veut ça non ? En tout cas pour ma part, je suis un touche-à-tout et la curiosité m’a amené à différents univers professionnels. J’ai été directeur d’EHPAD (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) en France, mannequin au Vietnam, responsable projets marketing digital… Mais tout est lié d’une certaine manière. En tous les cas, ma casquette de chef d’entreprise d’aujourd’hui réunit toutes les compétences développées lors de mes précédents jobs. Je suis autodidacte dans le travail du bois mais suis aussi très bien entouré d’amis, de voisins d’atelier avec qui j’ai appris. Je crois que rien n’est impossible à celui qui prend le temps d’apprendre, de faire et défaire.

Oui enfin, il faut sans doute aussi un peu de talent, non ?

Je ne sais pas. Ce n’est pas comme ça que je me vois en tout cas. En revanche je suis quelqu’un d’intuitif et mes mains savent bien me guider!

Antoine, peux-tu nous parler de ta passion pour cette technique japonaise appelée le « Yakisugi » ou encore « Shou Sugi Ban » ?

« J’ai toujours été sensible aux matières. Cele du bois m’intéresse en particulier pour son veinage, son grain, son histoire. Je vivais avec Alice au Vietnam, en plein cœur de la ville de Saigon. Il existe une multitude d’arrondissements, certains ne sont pas plus grands que 4 pâtés de maisons. Le quartier japonais se trouve dans le 1er arrondissement où nous avons vécu. C’est un fabuleux dédale de ruelles, entre restaurants, bars et habitations. J’y ai passé du temps. Du temps à rencontrer les habitués du quartier, la plupart japonais d’origine. Là-bas, tout le monde travaille dehors, les portes des ateliers sont ouverts, les maisons aussi. J’ai rencontré un artiste japonais qui travaillait le bois au chalumeau pour confectionner des bardages en bois brûlé. Ca m’a tout simplement fasciné ! Je lui ai demandé s’il pouvait m’apprendre à travailler le bois de cette façon. Il m’a répondu avec un sourire. Voilà, ma passion était née.

Et comment t’est venue l’idée d’utiliser le bois brûlé pour du mobilier d’intérieur ?

C’est vrai que jusqu’à maintenant, c’est à l’extérieur des maisons et non pas à l’intérieur que j’ai pu voir du bois brûlé ! Je me suis dit que ce serait super chouette de faire rentrer cette palette de finitions dans nos lieux d’habitation. Tant de beauté ne pouvait pas nous passer sous le nez sans la remarquer! Les meubles sont les objets qui vivent avec nous, nous les regardons, les utilisons, les aimons. Alors pourquoi pas leur conférer ce supplément d’âme qui les rend encore plus présents ?

Lorsque tu crées des pièces dans ton atelier, sais-tu à l’avance ce que va donner le brûlage sur ces dernières ? Est-ce précis ?

Oui et non. La réponse peut paraître un peu bête mais je vais vous expliquer. A partir du moment où l’on maîtrise la technique – et cela prend plusieurs années à perfectionner – on sait comment telle ou telle essence va réagir et comment face à la flamme. Je brûle au chalumeau la plupart du temps et le temps du brûlage me demande une concentration maximale sur chaque centimètre carré. Je suis précis dans mon geste et je sais à l’avance le rendu que je veux obtenir. Je passe plus ou moins de temps à brûler. Par exemple si je veux obtenir la finition « Suyaki » qui ressemble à un peau de crocodile, je sais que je vais passer deux fois plus de temps que pour une finition classique. C’est long et fastidieux et délicat puisqu’il faut brûler beaucoup mais pas attaquer le bois non plus.

Et pour le « non » ? 😉

Le bois est une matière vivante. On ne maitrise pas tout. Par exemple, on ne sait pas comment vont ressortir les noeuds du bois une fois brûlés. Est-ce qu’ils vont se creuser ou bien rester nets ? Ce n’est pas la main de l’homme qui le décide. Et c’est ce que j’aime aussi dans ce travail.

As-tu des astuces pour bien fixer la teinte de bois brûlé?

C’est un secret d’atelier bien gardé ;-). Il existe plusieurs façons de le faire, selon les degrés d’usure des meubles, l’usage qui en est fait mais aussi l’essence de bois.

Acceptes-tu de travailler des pièces existantes de clients qui demandent des finitions bois brûlé ?

On nous demande souvent de retravailler d’anciens meubles de famille mais c’est très risqué et la plupart du temps nous refusons. En effet, les personnes ne connaissent pas toujours l’essence de bois et parfois certaines ne se prêtent pas au travail du bois brûlé. C’est le cas du noyer. Il réagit mal au brûlage. Par ailleurs je préfère brûler des pièces que j’ai conçues et dont je connais bien les assemblages. Le risque est trop grand de voir des assemblages s’abîmer et je ne veux pas avoir une commode d’époque Empire sur la conscience !

Quelles sont les dernières pièces qui sont sorties de ton atelier et lesquelles te rendent particulièrement fier ?

Les dernières pièces sont des tables basses, tables de repas et tables de chevet mêlant marbre et bois brûlé. Une en particulier me rend fier: une table XXL qui m’a demandé 2 semaines complètes de travail acharné. A n’en plus dormir! Honnêtement certains projets me demandent plus de temps (et de stress) que les autres mais ce sont ceux qui me rendent le plus fier.  Ses détails aussi bien que ses finitions rendent cette table exceptionnelle. C’était une commande spéciale d’un cabinet d’architecte d’intérieur.

Et pour finir, Alice dans tout ça ? 🙂

Alice est ma muse, ma partenaire, mon amoureuse et une excellente designer, commerciale, gérante d’entreprise. Elle a beaucoup d’intuition. Je ne suis pas seul à créer, nous sommes deux. Je tiens à le dire. Nous sommes à l’origine des créations Maison Saman. J’ai les mains en plus. Elle, beaucoup d’autres choses indispensables à notre entreprise.

Un conseil à ceux qui voudraient se lancer dans l’aventure du travail du bois brûlé ?

Oui: faites preuve de patience et de délicatesse! C’est pas mal d’entraînement, de pièces ratées pour arriver à un résultat probant. Je cherche à atteindre la perfection du geste. Le bois brûlé est à l’image de la calligraphie: le geste est répété inlassablement avant de sentir qu’on est prêt. C’est comme ça que je le vois. Au bout d’un moment, on « sent » le bois, on le ressent même. Alors soyez à l’écoute de cette matière, voilà mon conseil.

Merci d’avoir partagé ton expérience avec nous Antoine! On te souhaite de poursuivre ton travail avec autant de passion que celle que nous avons ressenti à t’écouter!

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